Les espaces de l’art et la réalité sociale

Atelier de recherche

Les espaces de l’art et la réalité sociale

Cette rencontre a été organisée autour des conférences de Karol Sienkiewicz et d'Annette Urban et d'un atelier de lecture.

Voir les publications qui sont sorties de ces contributions :

 

Conférences

 

Karol Sienkiewicz

« De la macro à la micro-échelle. Désillusion et liberté personnelle »

Pendant de longues années les historiens de l'art polonais n'ont pas tenu compte de l'impact des événements de 1968 et 1970 sur les pratiques artistiques. Il s'agit ici d'examiner le milieu artistique qui s'est constitué autour de la galerie Repassage à Varsovie dans les années 1970, en revenant particulièrement sur les personnes d'Elżbieta et Emil Cieślar qui dirigeaient cet espace d'exposition, ainsi que sur Grzegorz Kowalski, inspirateur de nombreux événements qui s'y sont tenus. Tous étaient d'anciens étudiants de Jerzy Jarnuszkiewicz au département de sculpture de l'académie des Beaux-arts de Varsovie, ainsi que de l'architecte Oskar Hansen, auteur de la théorie de la forme ouverte. Hansen argumentait en faveur de formes spatiales incomplètes, dont l'incomplétude requérait la créativité ou la participation du spectateur ou de l'utilisateur. Il rêvait à une incidence de l'art sur une macro-échelle et voulait éveiller la créativité dans l'ensemble de la société. Son enseignement a profondément influencé ses étudiants, Kowalski fut même son assistant durant la fin des années 1960. Le tournant des années 60-70, marqué par les révoltes étudiantes de mars 1968 et les troubles politiques de 1970, fut important pour ces artistes qui en vinrent à redéfinir leur attitude. Ils se concentrèrent sur leurs relations personnelles et leurs groupes d'ami resserrés. Le champ de leurs activités ne s'exerça plus sur la société dans son ensemble, mais sur une petite galerie. Ils développèrent de nouvelles formes de participation, fondées sur le dialogue, la coopération et le jeu. Kowalski poursuivit ce chemin à travers son oeuvre didactique. Depuis les années 1980, en tant que professeur à l'Académie des Beaux-arts, il a développé diverses manières « d'être ensemble » et un art conçu comme un mode de communication. Ses étudiants, Paweł Althamer ou Artur Żmijewski, ont fait voler en éclat cette quête d'intimité pour revenir à une macro-échelle. En émigrant en France, Elżbieta et Emil Cieślar abandonnèrent la pratique artistique et devinrent des activistes politiques usant de stratégies artistiques. Ils s'efforcèrent de faire prendre conscience de ce qui se passait en Pologne et de montrer comment l'opinion publique était trompée (ils agirent notamment à l'occasion de l'exposition Paris-Moscou). Ces différentes évolutions viennent interroger les notions de liberté et d'émancipation personnelle qui feront l'objet d'une attention particulière, ainsi que le passage de la recherche d'un antidote à l'aliénation et au développement d'une approche critique de la réalité sociale.

La présentation de Karol Sienkiewicz a fait l'objet d'une publication en ligne : https://dfk-paris.org/fr/node/1361#/resolve/articles/23147 (première édition sur www.perspectivia.net/publikationen/ownreality/4 (pdf)).

 

Annette Urban

« Les espaces de projection et la perméabilité de leurs frontières »

Si l'on prend les premiers « environnements » de Grzegorz Kowalski comme Pocket (1968), Living Collage (1970) et Stop by (1972), les espaces de projection, installations de diapositives ou de photographies apparaissent comme particulièrement instructifs quant aux nouvelles relations qui s'établissent entre l'espace de la galerie et celui de la sphère sociale au tournant des années 60-70. En fin de compte, avec les projections s'instaure une porosité des frontières architecturales, et par là-même, des espaces institutionnels qui les habitent. Aussitôt les murs transformés en écran, que l'intérieur se métamorphose également. De cette manière, l'espace de l'exposition, spectateurs et images réunis, et avec eux souvent un extérieur explicite, s'entrelacent les uns les autres dans la lumière de la projection. Dans les espaces de visionnage arrangés comme des installations ne se déploient pas seulement des architectures modèles et des surfaces d'échange à petite échelle. La projection permet également un jeu sur les échelles qui a largement contribué à rendre flexible les rapports entre macro et micro échelle. Le passage de l'espace intérieur institutionnel, ou des enclaves de l'art, à la réalité urbaine hétéronome en semble ainsi fluidifié. Le médium de la projection ne pose-t-il pas cependant – et qui plus est, dans des circonstances politiques et sociales très différentes – certains problèmes quant à son aptitude à faire bouger les frontières ? Nous aborderons cette question à travers les exemples d'Otto Piene, Imi Knoebel, Krzysztof Wodiczko ou David Lamelas.

La présentation d'Annette Urban a fait l'objet d'une publication en ligne https://dfk-paris.org/fr/node/1361#/resolve/articles/23557 (première édition sur www.perspectivia.net/publikationen/ownreality/26 (pdf)).

 

Atelier de lecture

 

Conçu par Clara Pacquet. Le texte de Herbert Marcuse a été présenté par Julie Sissia, Aneta Panek a présenté l'œuvre de Oskar Hansen.

  • Peter L. Berger, Thomas Luckmann, « Introduction: The Problem of the Sociology of Knowledge », dans The Social Construction of Reality. A Treatise in the Sociology of Knowledge, New York, Anchor Books Edition, 1967, p. 1-18
  • Herbert Marcuse, « Die Permanenz der Kunst. Wider eine bestimmte marxistische Ästhetik » (1977), dans id., Schriften, t.IX, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1987, p. 191-24
  • Herbert Marcuse, La dimension esthétique. Pour une esthétique critique de l'esthétique marxiste, trad. par Didier Coste, Paris, Éditions du Seuil, 1979
  • Oskar Hansen, Towards Open Form / Ku Formie Otwartej, Köln, Revolver, 2005

Nom du responsable

Contact
Mathilde Arnoux

Dr. Mathilde Arnoux

Directrice de recherche
Téléphone +33 (0)1 42 60 41 24
Contact

Dr. Clara Pacquet

Chargée de recherche