Paris – Pindorama. Images errantes d’une modernité déplacée

Paris – Pindorama. Images errantes d’une modernité déplacée

L’expérience de la transculturalité, entendue comme un processus dynamique – voyage et mouvement ne menant pas en droite ligne d’un point A à un point B, mais fonctionnant de manière circulaire, transversale et, dans le meilleur sens du terme, chaotique –, lance des défis particuliers à l’ensemble des outils et des méthodes de l’histoire de l’art. Sur la base de plusieurs migrations d’images entre le Brésil et la France au XXe siècle, le projet se propose d’étudier les processus d’échanges transculturels du point de vue de l’histoire de l’art et des images. Au prisme de la question du changement de lieu, il s’agit d’aborder non seulement des aspects de l’histoire culturelle, mais aussi l’influence d’une expérience esthétique située sur les méthodes d’analyse. On se demandera tout particulièrement dans quelle mesure un modèle de transculturalité peut émerger du processus d’échanges artistiques entre le Brésil et la France, qui permet de repenser des récits de la modernité à forte charge idéologique. Le titre du projet fait allusion à une préhistoire brésilienne précédant la prétendue « découverte » du Brésil. « Pindorama » est un terme de la langue des Indiens Tupi qui signifie « terre des palmiers ». C’est aussi le nom par lequel les indigènes désignaient le pays avant l’arrivée de Pedro Alvares Cabral. Cette appellation renvoie donc au débat complexe autour des questions d’identité culturelle, de mémoire et de narration. Comment peut-on étudier l’histoire artistique et culturelle d’un pays quand son historiographie prend son origine dans des attributions et des inscriptions « extérieures » ? Ce travail suit les parcours de différents acteurs de la première moitié du XXe siècle ayant opéré entre la France et le Brésil. Ils ont eu pour point commun d’œuvrer dans le sens d’une mémoire critique partagée, et de ne pas considérer la modernisation comme le résultat d’un progrès linéaire, mais comme un long processus d’échanges interculturels. Avec leurs déplacements transfrontaliers d’images, ils offrent un important correctif à l’approche universaliste de la « global art history ». Du point de vue de l’histoire de l’art, ces phénomènes sont d’autant plus importants qu’ils attirent l’attention sur des formes d’engagement artistique intégrant une critique sociale. Ce faisant, on entrevoit des modes de pensée qui ne sont devenus explicites que dans les discours postcoloniaux tardifs, touchant aux questions fondamentales de l’identité culturelle. Ceux-ci se proposent comme une alternative intéressante aux paraboles euro-centriques de l’histoire de l’art, ainsi qu’aux modèles identitaires qui y sont rattachés, y compris au-delà du contexte resserré de la recherche scientifique. Le concept de modernité transculturelle s’avère ici un élément fondamental au service d’un décloisonnement.

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Dr. Lena Bader

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