Comment exposer la polyphonie ?

Comment exposer la polyphonie ?

Un séminaire pour accompagner l’élaboration conceptuelle et théorique de l’exposition « Polyphon. Mehrstimmigkeit in Bild und Ton »

En 2021, le DFK Paris poursuit sa réflexion autour des relations artistiques en accueillant un séminaire consacré à la polyphonie. En interrogeant comment exposer la polyphonie, il accompagnera l’élaboration conceptuelle et théorique de l’exposition « Polyphon. Mehrstimmigkeit in Bild und Ton », organisée par Anne Zeitz en 2021 à Gera (en collaboration avec Claudia Tittel), puis en 2022 dans sa ville jumelée Saint-Denis, en impliquant des étudiants des universités Rennes 2 et Paris 8 ainsi que de l’Universität der Künste de Berlin (pour plus d’informations voir ci-dessous).

En tant que modalité mise en œuvre par les recherches artistiques, en particulier par les pratiques sonores, la polyphonie renvoie d’une part à un procédé d’écriture musicale et d’autre part à la notion développée par Mikhaïl Bakhtine dans La poétique de Dostoïevski pour caractériser les romans de l’auteur russe, avant qu’elle ne nourrisse plus largement le saisissement par les pratiques artistiques de « la multiplicité de consciences indépendantes, d’idéologies diverses et de langages différents » (Claire Stolz). Dans cette aspiration à embrasser la diversité, la polyphonie ne sollicite pas seulement l’ouïe, elle met en branle tous les sens. Du rassemblement des points de vue et des voix peuvent ressortir l’harmonie, l’unisson, autant que la cacophonie ou le conflit ; saisir ces facettes à travers une exposition questionne comment relier les écoutes des manifestations singulières et celles des manifestations collectives.

Nourrir la réflexion autour des relations artistiques à partir de la polyphonie, c’est mettre au cœur de l’observation non seulement un objet de recherche des pratiques artistiques, mais aussi une notion caractérisée par son feuilletage et dans l’épaisseur de laquelle se tissent des liens de natures et de qualités diverses : entre l’historien et les points de vue sous lesquels il aborde son objet, entre l’auteur et ses héros, entre l’artiste et ses réalisations, entre les matières constitutives de l’œuvre, ou encore entre l’artiste, ses réalisations, le lieu d’exposition et le spectateur. Comment restituer cette multiplicité des visions du monde ? Peut-on en détailler les éléments constitutifs sans en perdre la dimension composée ?

À partir de démarches artistiques interrogeant la polyphonie et d’une attention particulière prêtée aux héritages de la théorie bakhtinienne, le séminaire, en plus de s’intéresser aux facettes de cette notion, explorera les croisements entre le procédé musical et la théorie littéraire. Il s’intéressera aussi aux métaphores sonores dont use Bakhtine, tout en considérant leurs limites pour la pensée artistique.

Les séances du séminaire proposent d’explorer sous différents jours ce qui constitue la polyphonie et ses effets, que ce soit des points de vue de l’ethnomusicologie, des pratiques sonores ou encore des études littéraires. Il n’est pas question de privilégier l’une des approches, mais plutôt de reconnaître leur variété et de considérer l’incidence des choix méthodologiques sur l’orientation donnée aux analyses du terme. À partir de rencontres entre des artistes dont les œuvres interrogent la polyphonie et de chercheurs de différents horizons académiques qui ont mobilisé cette notion, il s’agit de nourrir la réflexion sur les manières de saisir la polyphonie à travers une exposition, tant du point de vue conceptuel que matériel.

 

Max Neuhaus, Audium, 1980, détail, crayon sur papier, 95,5 x 120 cm (© Estate Max Neuhaus)Max Neuhaus, Audium, 1980, détail, crayon sur papier, 95,5 x 120 cm (© Estate Max Neuhaus)

Programme du séminaire :

Les séances sont radiodiffusées en direct et archivées par -node, plate-forme expérimentale pour le développement d’un format radio hybride web/FM/DAB+.

19 mars 2021, 14h-17h
Comment exposer la polyphonie ? Une introduction
avec Mathilde Arnoux, Séverine Cauchy, Matthieu Saladin, Jan Thoben, Anne Zeitz et les étudiants de Rennes 2, Paris 8 et l’UdK Berlin

9 avril 2021, 14h-17h
Saisir la polyphonie
avec Simha Arom et Vincent Meessen

20 mai 2021, 14h-16h
Modalités de la polyphonie
avec Natascha Sadr Haghighian et les idées de Caryl Emerson

18 juin 2021, 14h-17h
Résonances et polyphonie
avec Félicia Atkinson et David Toop

Les rencontres ont lieu au DFK Paris. Les étudiants et chercheurs peuvent y participer via Zoom.
Pour participer aux séances via Zoom et accéder au reader, veuillez adresser un message à marnoux@dfk-paris.org ou anne.zeitz@univ-rennes2.fr.

 

L’exposition « Polyphone »

L’exposition « Polyphone » a lieu à la Kunstsammlung Gera et au Museum für Angewandte Kunst Gera du 2 juillet au 19 septembre 2021 et au Musée d’art et d’histoire Paul Éluard à Saint-Denis entre avril et julliet 2022 avec la participation des artistes et musicien.ne.s suivant.e.s :

Lawrence Abu Hamdan, Félicia Atkinson, Oliver Beer, Candice Breitz, Carlfriedrich Claus, Kazumichi Fujiwara, institute for incongruous translation (Natascha Sadr Haghighian et Ashkan Sepahvand), Rolf Julius, Christina Kubisch, Christian Marclay, Vincent Meessen, Francisco Meirino, Ari Benjamin Meyers, Rie Nakajima, Max Neuhaus, Olaf Nicolai, Ute Pleuger, Natascha Sadr Haghighian, Matthieu Saladin, Neue Vocalsolisten Stuttgart, Lerato Shadi, Dennis Tyfus, Jorinde Voigt, Euridice Zaituna Kala

« Polyphone » regroupe des œuvres d’artistes internationaux.ales qui reflètent la rencontre de sons et de voix multiples à travers des constellations sonores aussi bien convergentes que divergentes. Issu.e.s de différents contextes historiques – des années 1970 à aujourd’hui – et géographiques – dont l’Allemagne, la France, le Japon et l’Afrique du Sud –, les artistes de l’exposition questionnent les effets et le pouvoir de voix et de sons pluriels. Les installations, performances, dessins et vidéos, qui relèvent tous d’une dimension sonore importante, proposent d’interroger des modes perceptuels ainsi que des enjeux sociaux-culturels, voire politiques de la polyphonie. L’exposition repose sur la polyphonie musicale en tant qu’ensemble de plusieurs voix mais renvoie également au sens linguistique du terme selon Mikhaïl Bakhtine. C’est ainsi que « Polyphone » interroge les manières dont peuvent s’articuler des codes et des systèmes d’expression et de représentation qui sont, parfois, en contradiction. Que ce soit en lien avec le fantasme de l’unisson grâce à des expériences sonores ou la mise en lumière de phénomènes conflictuels, « Polyphone » révèle ce que peut signifier la congruence, en termes sonores, entre le multiple et l’organisé, l’individuel et le collectif, l’harmonie et la discordance à l’époque contemporaine.

« Polyphone » est soutenue par la Kulturstiftung des Bundes, le Fonds PERSPEKTIVE für zeitgenössische Kunst & Architektur du Bureau des arts plastiques de l’Institut français, le ministère de la Culture et l’Institut Goethe. Le programme annexe de l’exposition est organisé grâce à une coopération entre la Bundeszentrale für politische Bildung et la Kunstsammlung Gera, et soutenu par la Thüringer Staatskanzlei et la Kulturstiftung Thüringen.

 

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Équipe

Contact
Mathilde Arnoux

Dr. habil. Mathilde Arnoux

Directrice de recherches / Responsable des éditions en langue française
Téléphone +33 (0)1 42 60 41 24