Arts et migrations en Argentine (1900-1950)

Arts et migrations en Argentine (1900-1950)

Projet de Laura Karp Lugo, maître de conférence à l’Université de Lorraine et chercheuse associée au DFK Paris

Centré sur les intersections de l’exil, de la pratique artistique et de l’espace urbain, ce projet de recherche examine les mobilités et les trajectoires, les quartiers et les réseaux, les espaces sociaux et les espaces pour l’art (artscapes), ainsi que les infrastructures et les pratiques artistiques à Buenos Aires dans la première moitié du xxe siècle. Analyser l’impact des mobilités d’artistes dans les villes d’arrivée (Doug Saunders 2011) est indispensable pour appréhender les défis et les possibilités qu’offraient les villes aux artistes immigrés. Il s’agira également d’étudier l’intensité avec laquelle le nouvel environnement façonnait la production artistique. Bien que l’expérience du déplacement varie dans chaque cas, les conditions externes peuvent entraîner des flexibilités ou des traumatismes communs aux individus en situation d’exil. Dans chaque centre urbain, des espaces favorisent l’échange et la construction de réseaux, récréant un monde intellectuel à travers les langues et les cultures (Casanova, 2008), et donnant lieux à des communautés imaginaires établies au-delà des nations (Anderson 1991). Hôtels, cafés, brasseries, clubs, fonds de galeries, locaux d’associations, édition de revues et journaux, ateliers d’artistes, lieux de formation, etc., ont tous été des espaces essentiels de rencontres et d’intégration des artistes exilés. Dans quelles mesures les environnements urbains dans lesquels les artistes évoluaient et produisaient ont-ils affecté les choix et possibilités professionnels ainsi que les échanges culturels et linguistiques ?

Dans cette étude sur les artistes exilés ou migrants, les réseaux sont essentiels à la compréhension des mécanismes et des stratégies d’intégration et d’acculturation. Chaque individu est observé comme une pièce d’un énorme casse-tête où les histoires sont enchevêtrées. Dans chaque ville, dans chaque quartier ou zone de contact, il existait un monde de connexions qui rendait possible la plupart des trajectoires d’artistes. Analyser la nature et l’intensité des relations aide à reconstituer un réseau social détaillé. Certaines stratégies de mise en réseau sont individuelles, d’autres collectives, mélangeant toutes sortes de relations sociales. Il s’agit de reconstituer les interactions pour analyser la manière dont ces réseaux ont été créés, se sont développés et ont persisté, et pour en mesurer l’impact sur les pratiques artistiques en exil. De nombreux chemins sont possibles pour étudier les dynamiques historiques impliquées dans les relations sociales : analyse de groupes d’amis (personnes, lieux, objets), associations ou sociétés communautaires (adhésions), écoles (étudiants, professeurs), magazines (rédacteurs, collaborateurs, abonnés) en font partie. Toutes les formes de proximité doivent être prises en compte pour étudier la dynamique interne des réseaux de migrants et les réseaux locaux, ainsi que le rôle de ces constructions sociales dans les mécanismes de la mobilité globale.

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